Assermentation

Québec : assermentation. France : prestation de serment.

Le mot assermentation est en usage au Canada, en Suisse et au Luxembourg (ex. la cérémonie d’assermentation des ministres) et figure comme régionalisme dans le Petit Robert. La Belgique, qui a des « traducteurs assermentés », semble peu utiliser le terme assermentation. Mais il reste que ce dernier est tout à fait correct.

Site web de la gouverneure générale du Canada, 17 mars 2019 :

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Hommos / Hoummos / Hoummous / Houmos / Houmous

Corrects tous les cinq

Druide informatique, créateur du logiciel de correction Antidote, relève pas moins de cinq façons correctes d’écrire ce mot d’origine turque désignant une purée de pois chiches. La forme privilégiée par Druide est houmous, pour sa relative simplicité et la ressemblance entre sa graphie et sa prononciation. À noter qu’on dit généralement le houmous (comme le héros) plutôt que l’houmous. La graphie anglaise hummus est parfois utilisée dans des documents de langue française. Druide fait le tour de la question dans une de ses chroniques Point de langue.

Combler un poste

Québec : combler un poste. France : pourvoir (à) un poste

Beaucoup de puristes québécois dénoncent l’expression combler un poste comme un calque de l’anglais to fill a job. Selon eux, en français correct, il faudrait dire pourvoir un poste ou pourvoir à un poste (formes sur lesquelles les puristes eux-mêmes ne s’entendent pas). Combler un poste est une extension de sens toute naturelle. Le seul reproche qu’on puisse faire à cette expression, c’est qu’elle n’est pas employée en France. La belle affaire.

Site web d’Emploi-Québec, 16 juin 2019 :

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Les urgences / L’urgence

Québec : l’urgence. France : les urgences

Pour désigner le service chargé du traitement urgent des blessures ou des maladies, le Québec utilise le terme l’urgence au singulier (ex. se faire soigner à l’urgence de son hôpital) alors que la France parle des urgences. Au Québec, on appelle urgentologue le médecin spécialisé dans les cas d’urgence, alors qu’on l’appelle urgentiste en France. Selon le Robert, le mot urgentologue date de 1978 et urgentiste de 1986.

Entrée Urgence au Québec, 18 juin 2019 :

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Entrée Urgences en France, 18 juin 2019 :

Urgences en France.png

Écoper de

Une « vieille faute » devient acceptable

Pendant des décennies, l’expression écoper de (une amende, une peine de prison) a été dénoncée comme une impropriété parce qu’il aurait fallu dire écoper sans de (ex. ils ont écopé cinq ans de prison). Aujourd’hui les médias au Québec et en France utilisent abondamment écoper de, et tout indique que cette forme va finir par l’emporter. Par ailleurs, les dictionnaires persistent à décrire le verbe écoper comme « familier », même s’il n’a plus rien de « familier » depuis longtemps.

Le Point, 15 juin 2019 :

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Carré ou dièse

Québec : carré. France : dièse.

L’Office québécois de la langue française (OQLF) recommande le nom carré, qui est courant au Québec et en Belgique (ex. Pour laisser un message, faites le carré). L’OQLF recommande aussi le mot croisillon, qui est cependant peu employé. En France et en Suisse (et dans une certaine mesure au Québec), on utilise le terme dièse, que le Petit Robert considère toutefois comme une « impropriété » à la place de croisillon. L’OQLF définit dièse uniquement comme un terme musical, sans autre explication. Le vocabulaire de l’internet (et du téléphone) continue de bouger.

Échouer à + infinitif

Un anglicisme peut-être. Mais qui semble utile

On voit régulièrement en France, et de plus en plus au Québec, la construction échouer à + infinitif (ex. échouer à conclure un partenariat avec xyz). Cette expression, qui ne semble figurer encore dans aucun dictionnaire, ressemble beaucoup à l’anglais to fail to + infinitif. Elle est cependant approuvée par la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française et s’emploie dans les journaux des deux côtés de l’Atlantique. Quant à la forme échouer un examen (plutôt que échouer à un examen), elle est encore critiquée avec raison au Québec. Elle est due probablement à sa ressemblance avec des expressions comme rater un examen ou le québécisme couler un examen.

Le Monde, 29 janvier 2011 :

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Une thermos / Un thermos

Corrects tous les deux

Le mot peut être employé au masculin ou au féminin. C’est la marque déposée d’une bouteille isolante conçue il y a plus d’un siècle en Grande-Bretagne pour maintenir la température d’un liquide pendant quelque temps. Curieusement, le Petit Robert date le terme de 1907 et le Grand Robert de 1914. Parce qu’il s’agit d’une marque déposée, certains dictionnaires (comme le Larousse) l’écrivent toujours avec une majuscule. D’autres (comme le Robert) utilisent la minuscule. On prononce généralement tère-môsse, et parfois tère-mosse.

Les fleurs ont fané / Les fleurs se sont fanées

Corrects tous les deux

Le Robert et le Larousse indiquent tous deux que le verbe flétrir est plus « littéraire » que le verbe faner. Il serait correct mais plus « littéraire », par conséquent, de dire qu’une fleur a flétri ou s’est flétrie.

Malaisant

Admis au sens de « qui met mal à l’aise »

L’adjectif malaisant n’est encore consigné ni dans le Robert ni dans le Larousse, mais il est dans le Dictionnaire Hachette depuis le début des années 2000 (avec la marque familier, qui est sujette à discussion dans ce cas). Le mot répond à un besoin et mérite d’exister. Né d’abord en France (et non au Québec), il fait l’objet d’une fiche intéressante de la Banque de dépannage linguistique. Le verbe malaiser (« mettre mal à l’aise ») a-t-il déjà existé? Oui en ancien français, et Littré en témoigne, mais le mot est resté pour ainsi dire sous le radar pendant longtemps pour des raisons qui demeurent obscures.

Tous deux / Tous les deux

Corrects tous les deux

Dans la section Variantes correctes du blogue Le Morisset, la formule employée en sous-titre est généralement « Corrects tous les deux ». Cette construction avec l’article les est la plus courante au Québec et en France. Néanmoins, il est tout à fait correct aussi d’écrire sans article des phrases comme Elles sont parties toutes deux (ou toutes trois) en même temps.

Quand les variantes sont au nombre de quatre (par exemple, dans la fiche Les rois mages / Les Rois mages / Les Rois Mages / Les rois Mages), la formulation employée dans ce blogue est « Corrects tous les quatre ». Serait-il acceptable de dire, par exemple, « Corrects tous quatre »? Oui, la tournure serait considérée comme grammaticalement acceptable en principe, mais elle serait inhabituelle au Québec et en France. À partir de cinq, l’usage est d’utiliser toujours l’article les (ex. Corrects tous les cinq).

Affecter

Peut signifier « avoir un effet quelconque sur »

Le verbe affecter est encore très critiqué au Québec au sens de concerner, viser, toucher, etc. Selon les puristes, il faudrait dire que les compressions budgétaires concernent, visent ou touchent (et non « affectent ») xyz salariés ou fonctionnaires. Or, le verbe affecter est déjà très employé, au Québec et en France, dans le domaine de la météo (ex. Les pluies affecteront surtout le nord). Par une extension de sens normale (et probablement aussi sous l’influence de l’anglais), affecter xyz peut également signifier aujourd’hui, au Québec et en France, « avoir un effet quelconque sur xyz ».

La Voix du Nord, quotidien de France, 8 mars 2018

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Accaparer

Il n’y a aucune raison de condamner s’accaparer de xyz

Les puristes continuent de recommander accaparer xyz et de condamner les formes pronominales s’accaparer xyz et s’accaparer de xyz (la dernière est formée sur le modèle de s’emparer de xyz). Ces deux derniers tours sont pourtant répandus au Québec et en Europe depuis plus d’un siècle, et sont manifestement entrés dans l’usage. À la limite, on pourrait dire que ces deux expressions appartiennent à la langue courante et que accaparer xyz est d’une langue plus soutenue. Il reste que les trois sont corrects. Par ailleurs, on dit très correctement qu’une fleur fane ou qu’elle se fane.

Mégalopole / Mégapole

Corrects tous les deux

Selon certains dictionnaires, la mégalopole est une agglomération urbaine encore plus grande que la mégapole. D’autres traitent les deux mots comme de parfaits synonymes.

Sobre

Le contraire de ivre, même en France

Au Québec, le mot sobre veut souvent dire « non ivre » sous l’influence de l’anglais sober (ex. Au moment de l’accident, le conducteur était sobre). Ce sens est encore combattu par certains puristes québécois. Mais le mot est déjà largement employé en France aussi dans ce sens.

Le Parisien, 7 juillet 2004

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Être malvenu à se plaindre / Être malvenu de se plaindre

Corrects tous les deux

Les phrases « Après un tel repas, notre invité serait malvenu à se plaindre » et « Après un tel repas, notre invité serait malvenu de se plaindre » sont toutes les deux acceptables. Certains dictionnaires écrivent « mal venu » en deux mots. Pour ce qui est de l’adjectif malavisé, qui veut dire imprudent ou irréfléchi, ils s’entendent pour l’écrire en un mot et le construire avec de (ex. Elle aurait été malavisée d’y retourner).

Voir aussi la fiche Avoir mauvaise grâce à se plaindre / Avoir mauvaise grâce de se plaindre.

Brulement d’estomac

Québec : brulement d’estomac. France : brulure d’estomac

Quelques puristes québécois présentent toujours brulement d’estomac comme une forme fautive parce que les Français disent généralement aujourd’hui brulure d’estomac. En Belgique, on dit avoir le brulant. Les différences de ce genre sont légion dans toutes les grandes langues du monde : français, anglais, espagnol, arabe, chinois, etc. Faut-il crier chaque fois à la faute? Notons que le « terme privilégié » par l’Office québécois de la langue française pour désigner techniquement ce malaise intestinal est pyrosis, qui se prononce pirô-ziss et est masculin.

Icône

Consensus autour du terme une icône

Après plusieurs années de flottement, la plupart des ouvrages recommandent aujourd’hui d’utiliser icône au féminin, et avec l’accent circonflexe, dans toutes les acceptions du terme.

Curieusement, le Robert publie deux articles séparés, un avec l’accent circonflexe pour l’art byzantin, et l’autre sans accent (donc icone) pour le sens informatique du mot; le genre peut également varier, selon le Robert. Ce dernier semble être le seul à tenir cette position.

L’Académie française, dans l’édition en cours de son dictionnaire (la neuvième), recense seulement la graphie avec accent circonflexe, et le genre féminin, mais en ne donnant à icône que le sens d’image sainte vénérée dans l’Église d’Orient. Ce qui dénote un problème d’actualisation de la part de l’Académie.