Approcher au sens de pressentir

Courant maintenant au Québec et en France

Depuis des décennies, les médias du Québec et de la France, sous l’influence de l’anglais, utilisent le verbe approcher au sens de « pressentir » (ex. Il a été approché pour la présidence). Dans ce sens, le mot est maintenant consigné dans le Larousse en ligne, mais pas encore dans le Petit Robert. C’est une question de temps.

Le Monde, 26 mai 2011 :

Le Monde, 26 mai 2011.png

Visite impromptu / Visite impromptue

Corrects tous les deux

Faut-il accorder impromptu comme un adjectif (ex. une soirée impromptue)? Ou traiter le mot comme un adverbe, et donc le laisser invariable (ex. elles ont fait une visite impromptu chez nous)? L’usage tranchera, mais penche pour le moment en faveur de l’accord (avec l’Académie française, notamment).

Drastique

Répandu en France, mais moins au Québec, au sens de « draconien »

L’adjectif drastique a été longtemps dénoncé parce qu’il venait de l’anglais et que les puristes l’utilisaient uniquement pour qualifier des purgatifs. Aujourd’hui, il est admis dans le Dictionnaire de l’Académie française au sens de « très rigoureux, très contraignant ». Il rencontre plus de résistance au Québec.

Rue piétonne / Rue piétonnière

Corrects tous les deux

Les deux expressions ont le même sens. On peut donc très bien parler d’un quartier piéton (sans s à piéton) ou d’un quartier piétonnier. En Belgique, le nom piétonnier peut avoir le sens de zone piétonnière.  On parle ainsi du « piétonnier de Bruxelles ».

Un garde-robe / Une garde-robe

Corrects tous les deux

Au sens de « lieu où l’on garde des vêtements », le mot est indifféremment masculin ou féminin selon tous les dictionnaires du Québec. En France, ce sens a vieilli (on dit notamment penderie) et le mot est toujours féminin. Pour parler de vêtements d’un certain type (ex. elle a renouvelé sa garde-robe d’été), le terme est féminin au Québec et en France, et courant dans cet emploi aux deux endroits.

Anciennement, la garde-robe pouvait également désigner l’endroit où se trouvait la chaise percée. Par métonymie, le mot pouvait aussi désigner ce que Littré appelait une « évacuation alvine ». Ce lexicographe donne d’ailleurs l’exemple suivant, qui peut surprendre aujourd’hui : « Sa médecine lui a fait avoir trois ou quatre garde-robes. »

Je m’excuse

Tout à fait correct, au Québec et en France

Quelques puristes, et même le Petit Robert, soutiennent encore qu’il faut dire excusez-moi ou veuillez m’excuser plutôt que je m’excuse, sous prétexte qu’une personne bien élevée ne doit pas s’excuser elle-même. C’est une question de mœurs et de bienséance plutôt que de langue. Le baisemain est moins courant aujourd’hui qu’il y a un siècle.

Plusieurs

Québec : un grand nombre. France : un certain nombre

Le mot plusieurs au Québec renvoie généralement à un nombre imprécis, mais assez important, de personnes ou de choses. Dans les médias québécois, par exemple, un évènement tragique qui fait « plusieurs victimes » est considéré comme relativement grave. Le dictionnaire Usito note que « cet emploi est vieilli en France ». Malgré les protestations de quelques puristes, plusieurs au sens de « grand nombre » fait partie de l’usage standard d’aujourd’hui au Québec.

Ovation debout

Québec : ovation debout. France : standing ovation.

Certains puristes québécois aimeraient remplacer l’expression ovation debout par le mot ovation tout court, qui ne rend cependant pas clairement l’idée d’une foule enthousiaste applaudissant debout. En France, pendant ce temps, l’expression standing ovation, prononcée plus ou moins à l’anglaise, continue de faire son chemin.

Soi-disant

Un bon baromètre du purisme

Est-il logique d’écrire qu’une loi a été adoptée « soi-disant pour stimuler l’économie »? Bien sûr que non. Mais les tournures de ce genre avec soi-disant sont clairement entrées dans l’usage depuis fort longtemps, malgré les récriminations de certains traditionalistes. L’Office québécois de la langue française y consacre une fiche intéressante.

Boycott / Boycottage

Corrects tous les deux

En Irlande au 19e siècle, Charles Boycott, qui administrait avec dureté les terres d’un riche propriétaire britannique, a fait l’objet d’un ostracisme systématique de la part des agriculteurs de sa région. Aujourd’hui, ce type d’opposition collective est surtout connu sous le nom de boycottage (qui est la forme francisée) au Québec, et plus souvent de boycott en France.

Apprécier

Un verbe injustement critiqué

Les puristes québécois admettent des phrases comme Nous apprécions votre aide ou Nous apprécierions votre discrétion dans cette affaire. Par contre, ils rejettent des constructions comme apprécier que + verbe au subjonctif (ex. J’apprécierais qu’on m’avertisse) ou apprécier + verbe à l’infinitif (ex. J’apprécierais vous rencontrer; à noter qu’en France, on ajoute généralement un de : J’apprécierais de vous rencontrer). Pourquoi ces dernières tournures avec apprécier sont-elles mal vues? Parce que ce sont des calques de l’anglais, répondent les puristes, sans toutefois étayer leurs dires. Les expressions en cause sont répandues aujourd’hui des deux côtés de l’Atlantique.

Compléter

L’Académie française admet compléter un document

L’expression compléter un formulaire a longtemps été considérée comme un calque évident de l’anglais to complete a form (au lieu de remplir un formulaire), surtout au Québec. L’Académie française dénonce plutôt l’utilisation du verbe renseigner, plus répandue en France qu’au Québec en parlant de formulaires. L’Académie recommande même de dire compléter un document plutôt que renseigner un document. À chacun sa « faute ».

Site web de l’Université Paris-Sorbonne :

Compléter Sorbonne.png

Administrer un test

Comme on peut administrer un remède ou une correction

Certes, l’expression « administrer un test » (ou un sondage, un questionnaire, etc.) ne se trouve pas telle quelle à l’article administrer du Petit Robert. Mais elle figure clairement à l’article test de ce dictionnaire, et à l’article administrer du Trésor de la langue française. Au Québec, elle est largement employée depuis longtemps dans de bonnes publications.

C’est de sa faute

Tournure admise par l’Académie française et le Grand Robert

Certains hésitent encore à employer l’expression C’est de sa faute, croyant qu’il faudrait préférer, en français châtié, C’est sa faute. Or, les deux sont considérés comme parfaitement corrects, et cela, depuis le 19e siècle. Dans la plus récente édition de son dictionnaire, l’Académie française donne même l’exemple suivant : C’est notre faute, ma faute, de ma faute, sans qu’il soit question de niveaux de langue. Le Grand Robert, à l’article faute, abonde dans le même sens.

Sous zéro

L’Office québécois de la langue française s’est enfin ravisé

Certains puristes mal renseignés ont soutenu longtemps qu’il fallait s’en tenir aux formules classiques « 15 degrés au-dessous de zéro » ou « moins 15 degrés » pour parler du froid en bon français. Heureusement, l’OQLF a cessé de dénoncer des expressions pourtant correctes comme « 15 degrés sous zéro » ou « 15 degrés en dessous de zéro ». Et a remis les pendules à l’heure avec une nouvelle fiche.

Espérer que

Certains puristes condamnent la phrase J’espère qu’il puisse venir

À leur avis, il faudrait dire J’espère qu’il pourra venir, car ici le verbe espérer demanderait l’indicatif. Ce sont des subtilités de cuistre – un enchevêtrement de prétendues règles où se mêlent l’indicatif, le subjonctif et le conditionnel, sans parler des tournures négatives et interrogatives. Il n’est pas normal d’avoir à se poser autant de questions pour un verbe courant comme espérer. L’emploi du subjonctif est critiqué aussi (et à tort) à la suite de l’expression après que.