Plusieurs

Québec : un grand nombre. France : un petit nombre.

Au Québec, un accident qui a fait « plusieurs victimes » est un accident dont les victimes sont nombreuses. En France, le mot plusieurs évoque un nombre relativement faible. Le dictionnaire québécois Usito signale que l’emploi du mot plusieurs au sens de grand nombre est « vieilli en France ».

Début (au tout –), à la toute fin

Entrés dans l’usage depuis longtemps

Exemple : Cette tradition a commencé au tout début du siècle. Telle est la structure courante aujourd’hui. Quelques puristes voudraient qu’on écrive plutôt Cette tradition a commencé tout au début du siècle, mais ils sont peu suivis. L’Académie française elle-même utilise l’expression « au tout début du XXe siècle » dans une de ses fiches Dire, ne pas dire.

Ovation debout

Le mot debout a son importance

Selon certains puristes, il faut éviter l’expression ovation debout parce qu’il s’agit d’un calque de l’angais standing ovation et qu’un auditoire est « généralement debout » pendant une ovation. En fait, aucune définition du mot ovation ne précise que les spectateurs sont debout. Beaucoup de médias français utilisent l’expression anglaise standing ovation telle quelle. Tout compte fait, ovation debout est une bonne solution.

Stipuler

S’emploie en parlant d’une large gamme de documents

À en croire certains puristes, le verbe stipuler ne pourrait s’employer qu’en parlant de contrats ou d’autres conventions entre personnes. Dans les autres cas, il faudrait utiliser d’autres verbes comme disposer, établir ou prévoir. Or, depuis longtemps, au Québec et en France, le verbe stipuler s’emploie correctement à propos de documents de toute nature, et pas seulement des contrats ou d’autres conventions.

En termes de

Expression répandue au Québec et en France dans des publications de qualité

Pour la plupart des puristes, la phrase suivante est calquée sur l’anglais : En termes de billets vendus, le spectacle a été une réussite. Pourtant, la construction est apparue à la même période en français et en anglais. Aujourd’hui, elle est admise notamment par le Multidictionnaire de la langue française et l’Office québécois de la langue française.

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En tout temps

Plus utilisé au Québec qu’en France

L’expression en tout temps, qui existe en France, est nettement plus courante au Québec, sous doute sous l’influence des expressions anglaises at all times et at any time. Au Québec, selon le contexte, elle peut vouloir dire « tout le temps » ou « n’importe quand ». Ainsi, une station de radio montréalaise spécialisée a pour slogan « La circulation en tout temps ». On peut parler ici d’un québécisme de fréquence.

Gouter le brulé

Québec : gouter le brulé. France : avoir un gout de brulé.

En France, on utilise couramment l’expression sentir le brulé, mais pas gouter le brulé (ou goûter le brûlé en orthographe traditionnelle). Pourtant, des expressions comme gouter le brulé ou gouter bon sont tout aussi logiques et défendables que sentir le brulé ou sentir bon. Elles sont d’ailleurs utilisées dans de nombreuses régions de la francophonie, comme l’attestent divers dictionnaires.

 

Disponible

Courant aujourd’hui dans de bonnes publications

Au cours des dernières décennies, l’emploi de disponible au sens de « en vente » s’est beaucoup répandu des deux côtés de l’Atlantique, sans doute sous l’influence de l’anglais available (ex. le magazine xyz, disponible chez votre marchand de journaux). Désormais, cet usage est bien établi au Québec et en France.

Éponyme

Sens relativement récent du mot

Au Québec et en France, l’adjectif éponyme est beaucoup utilisé dans l’expression album éponyme – un album de musique dont le titre est le nom de l’artiste ou du groupe concerné. Ainsi, un album éponyme de la chanteuse Bella s’intitulerait Bella. Cet usage est « critiqué » par certains puristes pour des raisons d’ordre étymologique, et les dictionnaires sont peu éclairants sur ce point.

Continuer à, de

Tout à fait interchangeables

Au fil des siècles, quelques puristes ont cherché à introduire des nuances de sens entre continuer à et continuer de, mais sans succès. Le choix entre les deux n’est qu’une question de gout personnel. Par exemple, pour éviter de répéter le son « a », certains préfèreront écrire « ils continuent d’aller à la campagne » plutôt que « ils continuent à aller à la campagne ».

Performer

Verbe admis par l’Office québécois de la langue française

Emprunté par l’anglais à l’ancien français parformer, le verbe performer est répandu aujourd’hui au Québec comme en France. Il est dénoncé par l’Académie française, mais admis depuis 2013 par le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française au sens de « atteindre un objectif donné d’une manière remarquable ».

Voire même

Faux pléonasme

Certains puristes condamnent cette expression dans laquelle ils voient un pléonasme à réprouver. Il faudrait dire soit voire, soit même, mais pas les deux ensemble. D’autres auteurs, depuis des décennies, défendent la tournure. Inconscients de ce débat, la plupart des usagers continuent d’employer l’expression voire même sans réserve. Heureusement.

Vingtaine (être dans la –)

L’âge se compte différemment au Québec et en France

Les expressions être dans la jeune vingtaine, dans la mi-trentaine ou dans la quarantaine avancée sont des québécismes. Au Québec, être dans la cinquantaine, c’est avoir entre 50 et 59 ans. En France, quand on dit qu’une personne a atteint la soixantaine, on veut dire qu’elle a au moins 60 ans, sans autre précision. Pour les catégories d’âge, le modèle québécois ressemble au modèle anglo-saxon : she’s in her mid-thirties, in her late forties, etc.

Travers (à — le monde)

Expression correcte dans toute la francophonie

Plusieurs puristes québécois ont condamné les tours avec à travers, comme voyager à travers le pays, avoir des succursales à travers l’Amérique du Nord, etc. Ils y voyaient à tort des calques de l’anglais across the country, across North America. Or, ces expressions existent en France depuis au moins le 19e siècle, mais sont peu présentes, curieusement, dans les dictionnaires de langue.

Temps (en tout –)

Expression beaucoup plus utilisée au Québec qu’en France

L’expression en tout temps est courante au Québec probablement parce que ses équivalents anglais « at all times » et « at any time » sont fréquents en Amérique du Nord. Selon le contexte, elle peut vouloir dire tout le temps ou à tout moment. Une station de radio montréalaise spécialisée a pour slogan La circulation en tout temps. On peut parler ici d’un québécisme de fréquence.

Supposé

Elle est supposée partir ou de partir

Plusieurs auteurs québécois ont vu un calque de l’expression anglaise « to be supposed to » dans cette construction qui est pourtant très française et figure à de nombreuses reprises dans le Petit Robert (ex. à l’article cas, « Ce qui arrive ou est supposé arriver »). Quant à la construction supposé de + infinitif (ex. elle est supposée de partir demain), elle est particulière au Québec, mais n’a rien d’anglais ni de grammaticalement répréhensible.

Stationner

Verbe de plus en plus courant en France

Longtemps, les Français ont employé seulement les expressions garer sa voiture (la laisser quelque part) et parquer sa voiture (la laisser dans un parc de stationnement). Les Québécois ont toujours utilisé l’expression stationner sa voiture, peu importe le lieu. Les Français commencent à imiter les Québécois dans leur façon d’utiliser les mots stationner et stationnement.

Spaghetti, lasagne, macaroni

Québec : singulier. France : pluriel.

Au Québec, on mange un spaghetti, une lasagne, un macaroni. Le plat est vu de façon globale. En France, on mange des spaghettis, des lasagnes, des macaronis. Curieusement, quand les Québécois parlent de mets moins courants comme les raviolis, les cannellonis, les gnocchis, etc., ils emploient eux aussi le pluriel (ex. hier soir, les beaux-parents nous ont servi des tortellinis).

À noter qu’en italien, les mots comme spaghetti, ravioli, etc. sont au pluriel puisque le singulier est spaghetto, raviolo, etc. Par ailleurs, toujours en italien, on dit lasagna au singulier et lasagne au pluriel. Voir aussi la fiche Des graffiti / Des graffitis.

Sécuritaire

Québec : sans danger. France : relatif à la sécurité publique.

L’adjectif sécuritaire a des sens très différents au Québec et en France. Au Québec, il qualifie des objets, des lieux ou des systèmes sûrs, sans danger (ex. un jouet sécuritaire pour les tout-petits). En France, il s’applique à des politiques ou des mesures axées sur la sécurité publique (ex. depuis les attentats, le président a adopté un discours plus sécuritaire).

Réaliser

Admis depuis des décennies au sens de « se rendre compte »

Longtemps dénoncé, ce vieil anglicisme est maintenant entré dans l’usage, comme le reconnaissent la plupart des sources. Seule l’Académie française y trouve à redire, et encore en termes mesurés. Le Robert illustré, ménageant la chèvre et le chou, écrit : « emploi critiqué, mais courant ».