En passant

Québec : en passant. France : soit dit en passant.

Peut-on introduire une légère digression par l’expression « en passant », comme dans « En passant, avez-vous remarqué quelle heure il est? » Les ouvrages de référence, tant québécois que français, donnent des exemples de « soit dit en passant », qui est perçu comme de style plutôt soutenu au Québec, mais jamais de « en passant » tout court en tête de phrase. Cette dernière formule, qui est courante au Québec et correspond à l’anglais by the way, n’a pourtant rien de répréhensible. Voir aussi la fiche Incidemment.

Fax, faxer, télécopieur, télécopier, télécopie

L’Académie française admet le mot fax

Dans les années 1990, les termes télécopieur et télécopie se sont imposés au Québec dans les documents officiels sous l’influence de l’Office québécois de la langue française. Le nom fax (forme abrégée de l’anglo-américain facsimile) est cependant resté le terme le plus répandu pour désigner l’appareil ou le document, et figure même dans le dictionnaire de l’Académie française (mais pas le verbe faxer). Le télécopieur (ou fax) étant beaucoup moins utilisé qu’avant, le mot finira sans doute par disparaitre avec la chose.

Académique

Le sens élargi du mot est bien implanté au Québec, y compris dans des contextes officiels

Malgré les dénonciations répétées des puristes, l’adjectif académique est largement utilisé au Québec comme un terme général pouvant englober plusieurs notions apparentées : enseignement, scolarité, cégep, université, etc. Il est également courant en Belgique, en Suisse et en Afrique en lien avec le monde universitaire. Dans un sens large semblable à celui de l’anglais academic, le mot se répand aussi depuis quelques décennies en France.

Site web du Collège Jean-de-Brébeuf, de Montréal, consulté le 24 janvier 2019 :

Vie académique Brébeuf.png

Lutte

Québec : lutte au chômage. France : lutte contre le chômage

Les puristes québécois condamnent généralement la construction lutte à + substantif (ex. lutte à la pauvreté, lutte au crime) parce qu’elle ne figure pas dans les dictionnaires de France. Ces derniers parlent en effet de lutte contre tel ou tel fléau. Ils recensent pourtant l’expression faire la guerre à quelque chose. Les Québécois ne font qu’appliquer le même principe au mot lutte.

Monoparental

Québec : mère monoparentale. France : mère seule.

Les Québécois utilisent souvent l’adjectif monoparental à propos de personnes, et pas seulement de familles. On parle ainsi d’un père monoparental alors qu’ailleurs on dit un père seul. Au Québec, le terme monoparental a connu une extension de sens qui est clairement entrée dans l’usage, mais pas encore, curieusement, dans les dictionnaires québécois.

Rouvrir, réouvrir

Devraient être admis tous les deux comme rajuster et réajuster 

Rajuster et réajuster figurent tous deux dans les dictionnaires, avec le même sens. Tel n’est pas le cas pour rouvrir et réouvrir. Seul le premier a la bénédiction de la plupart des puristes et des ouvrages de référence, sans que l’on sache pourquoi. C’est d’autant plus curieux que le terme réouverture est dans tous les dictionnaires.

Possiblement, présentement, supposément

Trois adverbes bien formés, largement utilisés au Québec

Ces termes sont mal aimés des puristes parce qu’ils ressemblent trop, à leurs yeux, à des calques de l’anglais. Ils sont pourtant en usage depuis longtemps, au Québec surtout, mais aussi en France. Au Québec, ils doivent peut-être leur fréquence d’utilisation à la présence de mots anglais similaires (possibly, presently, supposedly). Ils demeurent néanmoins tout à fait français.

 

Publiciser

Répond à un besoin, mais boudé par les dictionnaires de France

Le verbe anglais « to publicize » est de sens assez large, mais les dictionnaires de France continuent de bouder son équivalent français publiciser. L’Académie française soutient qu’au lieu de dire « Le gouvernement songe à publiciser les banques », il faudrait dire « Le gouvernement songe à nationaliser les banques », ce qui dénote une grave incompréhension du terme.

Au sud de, dans le sud de

France : même sens. Québec : deux sens différents.

Les médias français avaient l’habitude de faire une distinction entre les deux constructions suivantes : « Marseille est dans le sud de la France » et « Marseille est au sud de Lyon ». Aujourd’hui, ils utilisent souvent au sud de (ou au nord de, à l’est de, à l’ouest de) pour parler de toute une région : « Marseille est au sud de la France ». Ce dernier tour, qui peut surprendre une oreille québécoise, est de plus en plus répandu en France.

Plusieurs

Québec : un grand nombre. France : un petit nombre.

Au Québec, un accident qui a fait « plusieurs victimes » est un accident dont les victimes sont nombreuses. En France, le mot plusieurs évoque un nombre relativement faible. Le dictionnaire québécois Usito signale que l’emploi du mot plusieurs au sens de grand nombre est « vieilli en France ».

Début (au tout –), à la toute fin

Entrés dans l’usage depuis longtemps

Exemple : Cette tradition a commencé au tout début du siècle. Telle est la structure courante aujourd’hui. Quelques puristes voudraient qu’on écrive plutôt Cette tradition a commencé tout au début du siècle, mais ils sont peu suivis. L’Académie française elle-même utilise l’expression « au tout début du XXe siècle » dans une de ses fiches Dire, ne pas dire.

Ovation debout

Le mot debout a son importance

Selon certains puristes, il faut éviter l’expression ovation debout parce qu’il s’agit d’un calque de l’angais standing ovation et qu’un auditoire est « généralement debout » pendant une ovation. En fait, aucune définition du mot ovation ne précise que les spectateurs sont debout. Beaucoup de médias français utilisent l’expression anglaise standing ovation telle quelle. Tout compte fait, ovation debout est une bonne solution.

Assoyez-vous

Québec : assoyez-vous. France : asseyez-vous.

Au Québec, la forme assoyez-vous est courante et neutre, et asseyez-vous est sentie comme plus soutenue. En France, asseyez-vous est neutre, et assoyez-vous est jugé de niveau « populaire ». Signalons par ailleurs qu’on écrit « s’assoir » en nouvelle orthographe et « s’asseoir » en orthographe traditionnelle.

Barabas / Barabbas / Barrabas

Corrects tous les trois

Le dictionnaire Usito recense ces trois graphies dans son article passion, où il définit comme suit l’expression québécoise être connu comme Barabas (ou Barabbas ou Barrabas) dans la Passion : « être très connu ». Le s final du nom est prononcé.

Calife / Khalife

Corrects tous les deux

Terme historique désignant un successeur de Mahomet. La forme calife est de loin la plus courante. Le mot est souvent utilisé dans l’expression vouloir être calife à la place du calife.