Hâte

Québec : hâte aux vacances. France : hâte de partir en vacances

L’expression avoir hâte de + infinitif (ex. avoir hâte d’arriver à la maison) est dans tous les dictionnaires. Le Multidictionnaire de la langue française la présente, à tort, comme un québécisme. Par contre, avoir hâte à + nom (ex. avoir hâte aux vacances) est un vrai québécisme. Voilà une construction commode dont les Québécois auraient tort de se priver.

Feuille de route

Québec : réalisations passées. France : réalisations futures.

Au Québec, feuille de route désigne généralement les antécédents ou le parcours professionnel d’une personne (ex. arriver dans un poste avec une feuille de route imposante). En France, l’expression désigne le plan d’action d’un dirigeant ou d’un gouvernement pour les mois ou les années à venir (ex. proposer une feuille de route ambitieuse).

Et/ou

Correct et souvent commode

Malgré le combat mené encore par certains puristes, l’expression et/ou est bien implantée dans l’usage au Québec et en France, et est clairement utile dans certaines circonstances. On aurait tort de s’en priver pour le seul motif qu’elle vient de l’anglais. Il est faux de prétendre que et/ou peut toujours être remplacé par un simple ou sans perte de clarté.

Échanger

Oui, on peut échanger avec d’autres participants

Depuis une vingtaine d’années, le verbe échanger a pris de nouveaux sens, qui se sont ajoutés aux anciens. On lit ainsi que les participants d’un congrès ont eu l’occasion d’échanger sur plusieurs thèmes. Ou qu’ils ont pu échanger avec divers spécialistes. Ces emplois du verbe sont bien entrés dans l’usage, mais pas encore dans tous les dictionnaires.

Deuxième plus grand

Courant aujourd’hui dans des publications de qualité

Venue depuis longtemps de l’anglais, cette construction est désormais implantée dans l’ensemble de la francophonie, notamment parce qu’elle est commode. Autres exemples : la troisième plus populeuse au monde, le quatrième plus rapide du pays. Les puristes préfèreraient la structure le café, au deuxième rang des boissons les plus consommées au monde.

Débattre, discuter, traiter

Verbes pouvant s’employer avec ou sans de

On peut très bien débattre un projet de loi ou débattre d’un projet de loi. Les deux tours sont corrects et synonymes. Certains auteurs ont cherché à établir là une distinction de sens, mais en vain. Il en est de même pour les verbes discuter et traiter. Aujourd’hui, la forme avec de semble être la plus répandue.

Écrasement d’avion, crash

Québec : écrasement. France : crash.

« S’il est possible d’employer crash aérien pour désigner un accident aérien dans lequel un avion se fracasse contre quelque chose, on évitera de dire qu’un avion s’est crashé », écrit l’Académie française sur son site Web. Les médias québécois utilisent habituellement le mot écrasement; les médias français, systématiquement crash.

Prendre un cours

Aussi correct que suivre un cours

Plusieurs auteurs québécois voient un anglicisme dans l’expression prendre un cours, sans doute à cause de sa ressemblance avec l’anglais et de son absence des dictionnaires français. Mais si on peut prendre des leçons de chant (Grand Robert), pourquoi pas un cours de chant? La tournure prendre un cours est largement utilisée en France, où elle ne semble susciter aucune critique.

Convenir

Le verbe convenir s’emploie avec être, mais surtout avec avoir

La forme Elles sont convenues de, seule admise par l’Académie française, est rare. Cette construction du verbe convenir avec l’auxiliaire être est aussi plus guindée. La forme habituelle aujourd’hui se construit avec avoir, comme dans Elles ont convenu de partir.

Considérer sans comme

Le tour considérer une personne trop xyz est correct

Les puristes sont encore unanimes à soutenir que le verbe considérer doit obligatoirement être suivi de comme (ex. il est considéré comme trop vieux pour faire de l’escalade). Or, on trouve la forme sans comme sous de bonnes plumes depuis longtemps, et même dans des articles de dictionnaire.

Confronté à

Courant aujourd’hui dans des publications de qualité

L’expression être confronté à un problème, à un défi, etc. est rejetée par certains puristes, sans raison claire. Selon le site canadien Termium, « quelques-uns y voient encore une tournure lourde, voire familière, ou encore un emploi critiqué inspiré de l’anglais ». Ce tour figure dans plusieurs dictionnaires avec la mention « critiqué ». Mais il est bien entré dans l’usage, au Québec et en France.

Condo

Au Québec, terme standard pour appartement en copropriété

Condo est aujourd’hui un terme neutre et courant au Québec. Il n’est pas plus « familier » que les mots auto ou cellulaire. Sa version longue condominium ainsi que l’expression appartement en copropriété sont habituellement réservés à des documents officiels. L’expression vivre en condo est très courante, à l’écrit et à l’oral.

Site web de la Ville de Montréal, consulté le 16 avril 2019 :

Condo image Ville Montréal.png

Comme par exemple

Correct avec ou sans virgules

Des puristes voient dans l’expression « comme par exemple » un pléonasme fautif (car certains pléonasmes sont jugés corrects). À leur avis, il faudrait dire « comme » ou « par exemple », mais pas les deux à la fois. D’autres notent qu’on peut éviter le pléonasme en encadrant « par exemple » de virgules (ex. comme, par exemple, les oranges). C’est une complication inutile. L’expression « comme par exemple » est clairement entrée dans l’usage avec ou sans virgules.

Clôturer

Correct au sens de clore, malgré l’Académie

À l’entrée clôturer de son dictionnaire, l’Académie française écrit : « Ce verbe n’a pas d’emploi figuré. Dans le sens de terminer, on ne doit pas employer clôturer mais clore ou des périphrases telles que mettre fin à, mettre un terme à. » Pour l’Académie, clôturer peut uniquement signifier « entourer d’une clôture ». Elle est seule à défendre cette position.

Charge (être en – de)

Tout à fait entré dans l’usage en France

Au Québec, l’expression être en charge de (être chargé de, être responsable de) est dénoncée depuis plus d’un siècle comme un calque de l’anglais. En France, elle est largement utilisée depuis des décennies, y compris par d’excellentes plumes, notamment dans le domaine judiciaire (ex. le juge en charge de l’enquête).

Attester

Cet exploit atteste son talent ou atteste de son talent

Les deux tournures figuraient déjà dans le Dictionnaire du français contemporain de Larousse, il y a un demi-siècle, et se trouvent aujourd’hui dans le Larousse en ligne. Les deux formes sont répandues dans les médias – surtout attester de, qui n’a rien d’incorrect ni de rare, contrairement à ce que certains en disent.

But

Faux problèmes autour du mot but

Les expressions remplir un but, poursuivre un but et avoir pour but de ont été critiquées par des puristes, dans le passé, pour différentes raisons. Or, elles sont toutes bien entrées dans l’usage et ne font que refléter l’évolution normale et saine de la langue.

Bénéficier à

Synonyme courant aujourd’hui de profiter à

Le tour bénéficier à + nom a longtemps été dénoncé comme un calque de l’anglais. Or, l’équivalent anglais est to benefit someone, ce qui aurait logiquement donné « bénéficier quelqu’un ». Au Québec comme en France, l’expression bénéficier à quelqu’un semble plutôt être calquée sur profiter à quelqu’un, dont elle est synonyme. Bénéficier à est bien entré dans l’usage, ainsi que dans certains dictionnaires.

Le Figaro, 28 mai 2018 :

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Avérer

Une chose peut s’avérer vraie ou fausse

Malgré ce qu’en disent encore certains puristes, qui invoquent des raisons d’étymologie, la plupart des francophones ont cessé de percevoir l’idée de « vérité » contenue dans s’avérer, et utilisent maintenant ce verbe comme simple synonyme de se révéler. Il n’y a donc pas lieu de s’indigner devant une phrase comme « Son témoignage s’est avéré totalement faux ».

Après que + subjonctif

Après qu’il ait été nommé est correct aussi

Le Petit Robert présente l’emploi du subjonctif qui suit souvent après que comme « moderne » mais « critiqué ». Selon la règle traditionnelle, après que exige l’indicatif. Une construction comme « un siècle et demi après que cette parole ait été prononcée » (François Mauriac) est donc mal vue des grammairiens traditionalistes. Mais cet usage est bien installé depuis longtemps, y compris dans des publications de qualité. L’emploi du subjonctif est critiqué aussi (et à tort) après la construction espérer que.