Temps (en tout –)

Expression beaucoup plus utilisée au Québec qu’en France

L’expression en tout temps est courante au Québec probablement parce que ses équivalents anglais « at all times » et « at any time » sont fréquents en Amérique du Nord. Selon le contexte, elle peut vouloir dire tout le temps ou à tout moment. Une station de radio montréalaise spécialisée a pour slogan La circulation en tout temps. On peut parler ici d’un québécisme de fréquence.

Supposé

Elle est supposée partir ou de partir

Plusieurs auteurs québécois ont vu un calque de l’expression anglaise « to be supposed to » dans cette construction qui est pourtant très française et figure à de nombreuses reprises dans le Petit Robert (ex. à l’article cas, « Ce qui arrive ou est supposé arriver »). Quant à la construction supposé de + infinitif (ex. elle est supposée de partir demain), elle est particulière au Québec, mais n’a rien d’anglais ni de grammaticalement répréhensible.

Stationner

Verbe de plus en plus courant en France

Longtemps, les Français ont employé seulement les expressions garer sa voiture (la laisser quelque part) et parquer sa voiture (la laisser dans un parc de stationnement). Les Québécois ont toujours utilisé l’expression stationner sa voiture, peu importe le lieu. Les Français commencent à imiter les Québécois dans leur façon d’utiliser les mots stationner et stationnement.

Spaghetti, lasagne, macaroni

Québec : singulier. France : pluriel.

Au Québec, on mange un spaghetti, une lasagne, un macaroni. Le plat est vu de façon globale. En France, on mange des spaghettis, des lasagnes, des macaronis. Curieusement, quand les Québécois parlent de mets moins courants comme les raviolis, les cannellonis, les gnocchis, etc., ils emploient eux aussi le pluriel (ex. hier soir, les beaux-parents nous ont servi des tortellinis).

À noter qu’en italien, les mots comme spaghetti, ravioli, etc. sont au pluriel puisque le singulier est spaghetto, raviolo, etc. Par ailleurs, toujours en italien, on dit lasagna au singulier et lasagne au pluriel. Voir aussi la fiche Des graffiti / Des graffitis.

Sécuritaire

Québec : sans danger. France : relatif à la sécurité publique.

L’adjectif sécuritaire a des sens très différents au Québec et en France. Au Québec, il qualifie des objets, des lieux ou des systèmes sûrs, sans danger (ex. un jouet sécuritaire pour les tout-petits). En France, il s’applique à des politiques ou des mesures axées sur la sécurité publique (ex. depuis les attentats, le président a adopté un discours plus sécuritaire).

Réaliser

Admis depuis des décennies au sens de « se rendre compte »

Longtemps dénoncé, ce vieil anglicisme est maintenant entré dans l’usage, comme le reconnaissent la plupart des sources. Seule l’Académie française y trouve à redire, et encore en termes mesurés. Le Robert illustré, ménageant la chèvre et le chou, écrit : « emploi critiqué, mais courant ».

Rappeler

Pourquoi se rappeler de est-il boudé par les dictionnaires?

Tout le monde utilise spontanément la tournure se rappeler de quelque chose. Les auteurs de grammaires et de dictionnaires persistent néanmoins à présenter se rappeler quelque chose comme la seule forme correcte. Ne pourrait-on pas considérer se rappeler quelque chose et se rappeler de quelque chose comme de simples variantes, au même titre que attester quelque chose et attester de quelque chose?

Quitter

Au sens de « partir », correct au Québec et en France

L’utilisation du verbe quitter sans complément d’objet direct (ex. la directrice a dû quitter de bonne heure) est tout à fait correcte. Courante au Québec et en France, cette forme est décrite à tort par certaines sources comme « vieillie » ou « fautive ». Or, le Larousse en ligne la présente simplement comme « familière » et le Petit Robert la répertorie sans commentaire en citant un auteur contemporain.

Prioriser

Le verbe et ses dérivés sont déjà dans plusieurs dictionnaires

La série priorité, prioriser et priorisation est formée logiquement selon le même modèle que égalité, égaliser et égalisation ou modernité, moderniser et modernisation. Les mots prioriser et priorisation sont bien implantés aujourd’hui au Québec et en France. Quelques ouvrages y voient encore, à tort, des fautes de langue.

Prévoir

Québec : prévoir partir. France : prévoir de partir.

Entre le verbe prévoir et l’infinitif qui le suit, les Français mettent toujours la préposition de. Les Québécois ne la mettent jamais. Peu de gens ont remarqué l’existence de ce québécisme. Et personne, heureusement, ne s’en est ému.

Politiciens (Les) / Politiques (Les)

Les médias de France utilisent souvent l’expression les politiques

Au Québec et en France aujourd’hui, les termes politicien et politicienne n’ont rien de péjoratif, sauf si le contexte indique clairement le contraire. Les médias de France aiment aussi utiliser l’expression les politiques pour désigner ceux et celles qui font de la politique. Ce nom a l’avantage d’être épicène.

Le Figaro, 16 juin 2018 :

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Plaisir (il me fait — de)

Québécisme correct et utile

L’expression il me fait plaisir de (vous annoncer, vous faire parvenir, etc.) n’a absolument rien de fautif. Elle est bien construite et dit bien ce qu’elle veut dire. Son seul défaut est de ne pas avoir cours en France. Au Québec, elle continue de rendre de grands services dans les discours de circonstance et la correspondance officielle, malgré les propositions des puristes (ex. j’ai le plaisir de, cela me fait plaisir de, etc.).

Périple

Désigne correctement tout type de voyage long

Parce qu’il contient le préfixe grec peri, qui veut dire « autour », quelques auteurs très puristes soutiennent que le mot périple s’applique uniquement à un voyage maritime d’exploration autour d’une mer ou d’un continent. En fait, le sens du terme s’est beaucoup élargi avec le temps : il désigne maintenant tout type de voyage long, effectué par quelque moyen que ce soit.

Passible

S’applique aux personnes ou aux actes

On dit correctement qu’une personne est passible de nombreuses années de prison si elle est reconnue coupable de tel ou tel crime. On peut dire tout aussi correctement que tel ou tel crime est passible de nombreuses années de prison.

Part

Québec : faire sa part. France : prendre sa part.

Au Québec, depuis des générations, l’expression faire sa part (d’un effort collectif) est faussement présentée comme un calque de l’anglais to do one’s part. En fait, le tour existe au Québec et en France depuis au moins le milieu du 19e siècle et n’a rien d’anglais. Il est simplement moins employé aujourd’hui par les Français. Ces derniers utilisent entre autres l’expression prendre sa part (ex. chaque pays européen doit prendre sa part dans l’accueil des réfugiés).

Affiche d’une campagne de la Communauté métropolitaine de Montréal contre les sacs de plastique, photo janvier 2019 :

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Pallier

On peut pallier une faiblesse ou à une faiblesse

La plupart des ouvrages présentent encore pallier le manque de xyz comme la seule construction correcte, selon une tradition tenace mais infondée. Sur le modèle de remédier à, la forme pallier à est clairement entrée dans l’usage depuis plus d’un demi-siècle et se rencontre régulièrement dans des textes de qualité.

Opportunité

Courant aujourd’hui dans des publications de qualité

Opportunité est clairement entré dans l’usage au sens de occasion ou possibilité. Au Québec comme en France, les milieux d’affaires parlent depuis longtemps de belles opportunités de carrière, d’opportunités financières à saisir, etc. Les dictionnaires froncent encore les sourcils, mais l’usage a nettement tranché. Le mot anglais opportunity vient de l’ancien français oportunité.

Si nécessaire, si possible

Formes fautives? Pas du tout.

Ces deux expressions sont parfois soupçonnées d’être des anglicismes. Il n’en est rien. Ce sont des formes elliptiques pour « si cela est nécessaire » et « si cela est possible ». On voit également si besoin est et, de plus en plus, si besoin tout court, surtout dans des documents de France qui se veulent concis (ex. augmentez la dose, si besoin).

« Ne » explétif

Jamais obligatoire

Quelques exemples du ne explétif :
– Nous allons intervenir avant qu’il ne soit trop tard.
– Vous devez empêcher qu’il ne parte avant d’avoir remis la clé.
– Elles sont mieux préparées que vous ne le pensez.
– Certains craignent que les xyz ne reviennent.

Dans tous ces cas, le ne explétif peut être omis sans problème. Certains pensent même que les phrases s’en trouveraient améliorées.

Membre

Québec : une membre. France : un membre féminin.

L’emploi du nom membre au féminin est devenu courant au Québec, mais pas partout ailleurs. Le mot a l’avantage d’être épicène, c’est-à-dire d’avoir la même forme au masculin et au féminin, comme dentiste ou notaire.